Ce n’est pas de la littérature érotique, mais il s’agit juste de livres que je ne peux m’empêcher de dévorer plusieurs fois dans l’année, en français, en anglais…
D’origine anglaise, Mary CHALLANS (connue sous le nom de RENAULT, 1905-1983) s’est établie en Afrique du Sud et a parcouru longuement la Grèce, acquérant un certain savoir dans le domaine de l’Antiquité. S’appuyant sur les connaissances acquises lors de ses voyages, ainsi que sur des sources historiques reconnues (Ptolémée, Quinte-Curce, Arrien, Plutarque…), elle écrit entre autres Le Feu du Ciel, L’Enfant Perse, et Jeux Funéraires, les volumes d’une trilogie sur a conquête puis le démembrement de l’empire d’Alexandre Le Grand.
Le Feu du Ciel
Ce premier tome nous plonge dans l’enfance et l’adolescence de ce jeune garçon hors du commun qu’était Alexandre. Fils d’Olympias et du Roi Philippe de Macédoine, qui se disputent l’adoration de l’enfant, il passe de nombreuses années auprès des soldats de son père, connaissant leur prénom, leur histoire, et apprenant la vie auprès d’eux. Emotif, sensible, intrépide et résolu, Alexandre tient de sa mère une étonnante beauté sensuelle, et de son père un courage indomptable. Avide de savoir, il veut tout maîtriser, tout comprendre. En tant que fils de roi, il sait qu’il doit prouver de quoi il est capable s’il désire être suivi par les troupes chevronnées de son père : Enfant, lors d’une rencontre diplomatique avec des envoyés perses, il étonne par ses questions peu enfantines sur la composition et les stratégies de l’armée de ce grand pays, puis il est élevé à la spartiate par Léonidas (d’ailleurs, à cette époque, il souffre de malnutrition, et voit sa croissance entravée. Il ne sera que de taille moyenne, n’atteignant jamais la haute stature de son père ou de celle de son ami et amant, Héphaïstion), tue son premier homme à 12 ans, dompte Bucéphale, son fameux cheval, à 13 et obtient un premier commendement d’importance stratégique dès l’âge de 16 ans. A 20 ans,il hérite de la couronne de son père.
L’Enfant Perse
Bagoas, jeune enfant Perse, est le narrateur de ce second volume, témoin de l’Histoire qui se met en marche. Pendant les quelques premiers chapitres, il observe – comme tout le monde autour de lui – l’avancée du barbare qui cherche à envahir son pays. Devenu eunuque (d’ailleurs, « Bagoas » est la traduction perse de ce mot), favori du roi Darius, le jeune garçon finit par rejoindre Alexandre, offert en cadeau par un homme venu se rendre. Et Bagoas découvre que le jeune roi de Macédoine n’est en rien un barbare comme le nomme ses compatriotes. Alexandre était connu pour sa fidélité en amitié, en amour, pour sa continence sexuelle, son refus d’abuser de ses victimes de guerre, et son admiration pour Cyrus Le Grand, qu’il prenait en exemple. C’est pour fonder un empire où tous les peuples vivraient en harmonie qu’il lance ses grandes campagnes de conquête. Son admiration pour les grands héros l’amena même à aller – avec Héphaïstion – se recueillir sur les tombes d’Achille et de Patrocle.
Jeux Funéraires
Alexandre est mort. Mort en ne laissant héritier macédonien digne de prendre sa suite. Si seulement Héphaïstion n’était pas mort avant lui. Mais voilà, le grand conquérant vivait avec passion, fouge, témérité parfois, et la mort s’empara trop tôt de lui, laissant son empire entre les mains de généraux et de rois prêts à tout pour prendre sa couronne.
Mon avis
Humain avant tout…
Beaucoup de ses soldats ne comprenaient pas Alexandre. Tandis qu’ils voyaient le temps écoulé depuis leur départ, il ne songeait qu’à ce qui lui restait à accomplir. Son caractère est à l’origine de bon nombre de ses blessures : il allait au devant des combats, connaissait les mêmes souffrances et conditions de vie que les hommes des troupes d’infanterie, ne réalisant pas le vide que sa disparition pourrait laisser dans le coeur des hommes.
Alexandre disait : Chacun doit vivre comme s’il était éternel, et comme s’il devait mourir à l’instant même. Toujours les deux à la fois. Bagoas lui répondait : C’est la vie des dieux, dont la mort n’est qu’apparence, comme le soleil à son coucher, mais ne chevauchez pas trop vite autour du ciel, pour nous laisser tous dans le noir.
Comment ne pas aimer, ne pas admirer ce personnage ? Pour tout ce qu’il a entrepris, réussi, par ce qu’il voulait créer, mais aussi par la manière dont Mary RENAULT a réussi à retranscrire de manière romancée – et avec talent – la vie de ce grand roi, n’oubliant pas au passage les moments les moins glorieux de sa vie (l’incendie de Persépolis un soir de beuverie, la mort de Kleitos le Noir), et ses moments de tristesse (les morts de Péritas – son chien, de Bucéphale – son cheval, et d’Héphaïstion, auquel il ne survivra que 3 mois).
Les fils des rêves survivent aux fils de la chair
De cet homme exceptionnel, mort prématurément en pleine gloire à l’âge de 33 ans, il ne reste que quelques souvenirs : des récits historiques, des monuments, et un idéal.
2 films étaient en préparation la même année, sur sa vie, son oeuvre. L’un avec Leonardo Di Caprio dans le rôle titre, l’autre réalisé par Oliver Stone, avec Colin Farrell. Il est à noter que le second n’a pas eu l’aval du gouvernement grec, car la bi-sexualité de cet homme aux cheveux blonds et aux yeux gris, n’y est pas cachée, n’est pas mise sous silence.
Quand Perdikkas lui demanda à quels moments il désirait qu’on lui rende les honneurs divins, il répondit qu’il souhaitait que ce soit chaque fois qu’eux-mêmes seraient heureux. Ce furent les derniers mots du roi.
Quinte-Curce
Il est à noter l’existence d’Alexander, série d’animation de science-fiction en 13 épisodes sortie en 1999 et dont l’intrigue s’inspire très librement de la vie d’Alexandre Le Grand. Sympathique à regarder, lorsqu’on n’est pas à cheval sur la rigueur historique.
C’est une co-production hong-kongaise, sud-coréenne et japonaise.